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LE MONDE DES LIVRES - 27.04.2001Entretien d'Olivier Todd, le biographe de Malraux
Propos recueillis par Patrick Kéchichian
Comment Olivier Todd, son biographe, voit-il André Malraux ?
PK - Pourquoi, après votre biographie d'Albert Camus (1), vous êtes-vous intéressé à André Malraux ? Et quelle image vous faites-vous de lui ?
OT - André Malraux faisait partie de mon horizon littéraire lorsque j'étais jeune, avec Sartre, Camus, Nizan, Koestler. Question de génération. Ce n'est pas un maître à penser. C'est du beau kitsch idéologique. Si Malraux vivait aujourd'hui, on ne viendrait pas lui demander des conseils, on regarderait son parcours. Pour Malraux, la vie est une partie de la littérature.Une biographie pose des questions et n'apporte pas que des réponses ; c'est un voyage, et je ne regrette pas celui que j'ai fait avec Malraux. J'ai peiné, furieux et content. En fin de compte, qu'on le déteste ou qu'on l'adore, c'est un mirobolant. Byron au siècle dernier n'avait pas autant de panache ! J'ai rencontré Malraux en 1975. C'était un comédien extraordinaire, presque un personnage de bande dessinée. Ici, j'ai voulu le regarder sous toutes les coutures, de face, de profil et de dos. Je ne suis ni procureur ni avocat. J'ai essayé de voir comment Malraux vivait, en tenant compte du fait que c'était avant tout un écrivain, un romancier.
PK - Comment le définiriez-vous politiquement ? Quelle est l'importance de ses rapports avec les "grands" hommes, de Gaulle, Mao... ?
OT - Sur le plan politique, l'erreur fondamentale de Malraux, ça a été de s'opposer aux différents "fascismes" en s'alliant aux communistes, d'avoir considéré le communisme comme le dernier rempart dans les années 1930. En ce sens-là, il est très représentatif de sa génération ; il a été un compagnon de route et de déroute. Combien ont eu la lucidité d'Orwell ? Finalement, gaullistes et communistes furent objectivement complices pour faire de Malraux un personnage parfait : ça arrangeait tout le monde.Il a eu un rapport avec un grand homme : de Gaulle. Sa connaissance de Mao ou de Nehru est quasiment inexistante. En revanche, ses rapports avec de Gaulle sont fascinants. Ils s'épataient l'un l'autre, parce qu'aucun des deux n'était ce que l'autre était. De Gaulle, convaincu que Malraux était un grand écrivain, voulait lui-même être un "Grantécrivain". Inversement, Malraux, convaincu que de Gaulle était un grand homme d'Etat, aurait voulu aussi en être un. Ils formaient un couple étrange et il flottait entre eux une tendresse admirative et de la maladresse. Le général a toujours refusé de confier à Malraux les portefeuilles ministériels qu'il voulait. De Gaulle a fourni à Malraux un sujet superbe. Les Chênes qu'on abat est un très beau livre, si on oublie l'idée de vérité. Plutôt que vers le gaullisme, Malraux va vers la personne de De Gaulle, comme un enfant de Marie se voue à la Vierge. Dans le couple, le gagnant politique a été de Gaulle et le gagnant littéraire, Malraux.
PK - Et l'Espagne ?
OT - L'Espagne a été sa grande affaire. L'Espoircontinue à me toucher, malgré les soubassements politiques du livre très contestables, très "stalinoïdes". Finalement, ses deux grands romans sont l'Espagne et sa vie.PK - L'entrée de Malraux au Panthéon en 1996 a-t-elle parachevé le mythe ?
OT - Une sorte de légende l'a toujours entouré. Par exemple, sa famille ? son père était un formidable mythomane, il en a fait un héros. Où sont les sources dans tout ça ? Sans les mensonges et les mythes, il n'y aurait pas d'œuvre. En fin de compte, je le trouve très humain. Le problème de sa sincérité est difficile à résoudre. Paul Nothomb (2) pense qu'il savait toujours ce qu'il faisait. J'en doute : il se leurrait, même si, à certains moments, il était plus lucide avec lui-même. Dieu nous départagera ! Je me suis demandé pourquoi les Français ont besoin de ce mythe nommé Malraux. Peut-être parce qu'il leur faut un héros homogénéisé. Il a bénéficié d'une double immunité. Les journalistes politiques disaient : c'est de la littérature. Et les critiques littéraires n'ont pas essayé d'approfondir son rapport à la vérité. L'image qu'on donne de Malraux dans les manuels est dérisoire, mensongère. Le Panthéon a été dans ce même sens. Des universitaires, pas tous, ont participé à cette opération de maquillage. On avait besoin d'un héros, on a avalé des couleuvres grosses comme boas !
(1) Gallimard, 1996 et Folio.
(2) Malraux en Espagne, de Paul Nothomb (Phébus, 1999).
Olivier TODD
André Malraux, une vie. Paris: Gallimard, 2001, 694 p.
Compte-rendu par Julien Dieudonné (Sorbonne Nouvelle - Paris III)
Hormis l'opportunité éditoriale qu'offre l'année du centenaire de la naissance d'André Malraux, à quoi bon une nouvelle et épaisse biographie d'André Malraux, après celles de Jean Lacouture (Paris, Seuil, 1973), de Robert Payne (Paris, Buchet/Chastel, 1973, rééd. complétée en 1996) et de Curtis Cate (Paris, Flammarion, 1994), et après les travaux " hypobiographiques " de Jean-François Lyotard (Paris, Grasset, 1996) ?
Olivier Todd légitime son projet au nom de l'objectivité historique. Il est vrai que le travail d'enquête que ses correspondants étrangers et lui ont mené est considérable et que ce livre ouvre, outre, par exemple, celles de la France d'outre-mer à Aix-en-provence, celles de l'armée de terre au fort de Vincennes, pour la première fois les archives secrètes du Komintern. Et de fait, comme l'auteur l'annonce dans son introduction, " les archives prennent des revanches sur certaines légendes pour les ramener à l'Histoire " (p. 15) : Malraux n'a jamais été, comme il l'a prétendu ou laissé dire, diplômé des Langues orientales ; son grand-père ne se suicida pas, mais mourut sottement et accidentellement ; l'entrée dans la Résistance fut plus tardive, ses responsabilités moins larges et ses blessures moins nombreuses et moins graves qu'il a pu l'avancer.
Mais le parti pris d'exactitude, s'il est difficilement contestable, a son revers.
C'est d'abord que la véritable motivation d'Olivier Todd paraît bien être ailleurs que dans le seul souci d'exactitude. Il semble en effet que les archives ne soient pas les seules ici à " prendre des revanches sur certaines légendes ". Agacé par la panthéonisation de l'écrivain et par les complaisances de certains hagiographes, O. Todd est, tout au long de cet ouvrage, porté par un désir de déboulonnage, de désacralisation souvent rageur, parfois furieux. L'ensemble de l'ouvrage est traversé par une logique de l'aveu, à laquelle, dès la première ligne, l'auteur commence par se soumettre : " Cartes sur table : Malraux compta pour moi " (p. 11). Premier temps d'un règlement de compte, qui a le mérite de la sincérité, même si l'on aurait aimé que l'auteur fût plus prolixe sur ses intentions et ses motifs et qu'il précisât d'où il parle. Mais c'est surtout André Malraux qui est mis à la question, enjoint de rendre gorge de ses mensonges et falsifications. Malgré les dénégations habilement liminaires (" s'attaquer à la biographie d'un écrivain ne signifie pas attaquer sa vie ou ses œuvres ", p. 15), le ton est bien celui d'un procureur. Dans le domaine politique, le règlement de compte est d'une sévérité extrême : Malraux a beau avoir, dans son discours prononcé au Ier Congrès des écrivains soviétiques tenu à Moscou au mois d'août 1934, " L'Art est une conquête ", dénoncé la volonté de soumettre l'art au dogme du " réalisme socialiste ", il est trop stalinien dans les années trente. Il a beau n'avoir pas publié une ligne durant toute la durée de la seconde guerre mondiale, il n'est pas assez résistant dans les années quarante. Il est enfin trop béatement gaulliste dans les années cinquante et soixante. Bref, aucun des engagements d'André Malraux, excepté l'engagement anticolonialiste du jeune fondateur de L'Indochine, n'échappe à la vindicte de l'auteur. Et l'image que le lecteur peut garder de Malraux le livre une fois refermé est celle non seulement d'un mythomane (ce qui n'est pas nouveau), mais aussi d'un fabricateur de sa propre légende, d'un falsificateur, d'un menteur - d'un usurpateur à qui ni le titre de grand homme ni celui de grand écrivain ne reviennent de droit.
C'est ensuite une tendance à ce que l'on pourrait appeler la réduction biographique. Ainsi la révélation selon laquelle André Malraux souffrait du Syndrome Gilles de Tourette (" anomalies chimiques des émetteurs neurologiques utilisés par le cerveau pour régler les mouvements et le comportement ", p. 620, d'où ses tics) conduit l'auteur à des raccourcis qui laissent dubitatif. Cette affection expliquerait, selon l'auteur, l'énergie en quelque sorte compensatoire, que Malraux met à agir et à écrire - à dominer son destin de victime du S.G.T.. De même les engagements en Espagne ou dans la Résistance trouveraient leurs véritables motifs dans les problèmes conjugaux : partir à Madrid, c'est échapper à Clara (" Un écrivain peut prendre de belles résolutions en avançant de sublimes raisons et en cachant de petites causes ", p . 225) ; échapper à Josette, c'est prendre le Maquis (" lorsqu'il s'entend de moins en moins avec la femme importante de sa vie, il fuit dans l'action, crée les conditions de l'action ", p. 335). Et l'on ne nous épargne pas toujours des insinuations ou des " révélations " sur les vies de couple ou de famille de l'écrivain dont l'intérêt est loin d'être évident.
Mais la réduction biographique a des conséquences plus lourdes encore lorsqu'il s'agit non plus de l'homme Malraux, mais de l'écrivain Malraux.
Il est peu de dire que le biographe, s'il goûte peu la personne, ne tient pas en une beaucoup plus haute estime les livres. De l'œuvre riche et multiforme d'André Malraux ne demeure au sortir de ces pages qu'un champ de ruine. En quelques lignes, à coups de citations parfois tronquées ou choisies avec un sens aigu du contre-pied, quelque fois sous couvert de critiques éminents à la partialité soigneusement choisie et unilatérale, ils sont l'objet de jugements à l'emporte-pièce. Les écrits farfelus ? Stupidité adolescente. Les romans ? Au mieux à demi réussis (La Voie Royale, La Condition humaine), le plus souvent ratés (Les Conquérants), voire catastrophiquement stalinoïde (Le Temps du mépris). Les essais sur l'art et L'Homme précaire et la littérature ? Abscons, confus. Ou plats et truffés de lieux communs - l'éreintement ne craint pas la contradiction. Le Miroir des Limbes ? Œuvre de menteur et d'écrivain fatigué, qui " recas[e] et recycl[e] " (p. 493) sans vergogne des écrits antérieurs. Seuls L'Espoir, Les Chênes qu'on abat et, dans un autre domaine, Sierra de Teruel échappent au jeu de massacre.
" Je ne m'intéresse guère " ou " Ma vie ne m'intéresse pas. C'est clair, c'est net, c'est formel ", a plusieurs fois répété André Malraux. L'auteur est d'un avis contraire, qui ajoute : " De fait, seule sa vie l'intéressait " (p. 606, repris en quatrième de couverture). Cette conviction, sans cesse répétée et modulée, le conduit à des impasses déguisées en triomphe dès lors qu'il s'attaque à l'œuvre " autobiographique " de Malraux. Les pages des Antimémoires sur Mao, par exemple, lui permettent en effet de déceler facilement déformations et ajouts, mensonges et falsifications : Malraux a été reçu " environ une heure " (p. 486) par Mao, qui, se contentant du " protocole minimal " (p. 490), a rapidement clos l'entretien et " à peine " (ibid.) répondu. Par conséquent, le récit qu'en fait Malraux " relève du fantasme " : " au mieux, [Malraux] romance, au pire, il invente " (p. 495). Et plus loin, Olivier Todd ajoute, mêlant le grief formel au grief politique : " Nous sommes saturés de romantisme, en plein aveuglement ou myopie " (p. 498). Il aurait gagné à mieux relire la préface des Antimémoires, où se redéfinit ce qu'il faut bien appeler, selon l'expression de Philippe Lejeune et malgré l'hostilité affichée par l'auteur aux " mandarins " de l'Université, le " pacte autobiographique " - mieux : le pacte antibiographique malrucien. Promotion de la lucidité contre la sincérité ; refus de la réduction de l'homme à ce qu'il cache au profit de ce qu'il ignore, au profit de " l'homme qui s'accorde aux questions que la mort pose à la signification du monde " ; revendication de la distinction radicale du domaine de la vie et du domaine de l'art : tout va ici à l'encontre d'une lecture biographisante, qu'un tel avant-propos ne cherche qu'à décourager. Au reste plutôt que de s'étonner de " l'admirable candeur ou insouciance " de Malraux à laisser publier la sténotypie de son entretien avec Mao et d'y voir la preuve de " son manque d'intérêt pour la vérité, et sa passion pour les houles du langage " (p. 495), le biographe aurait pu s'interroger plus avant sur la signification de ce geste. L'on y verrait volontiers, pour notre part, une invitation non seulement à mesurer la transfiguration du réel par l'écriture, mais à en analyser les modalités, à en déterminer les finalités et, rapportée au projet d'écriture malrucien, (là serait le véritable geste critique) à en évaluer la réussite.
Toujours guidée par le principe exclusif de la lecture biographique, la lecture des romans est tendancieuse et, sur le principe, contestable. Par un tour de passe-passe basé sur l'homophonie, Todd prête à Malraux des propos que celui-ci a pris soin de placer dans la bouche de différents personnages : ce ne sont plus Magnin, Scali, Manuel ou Garcia qui parlent, mais Malraux-Magnin, Malraux-Scali ou Malraux-Manuel. Outre que la légitimation homophonique est légère, parfois impossible (Malraux-Garcia, Malraux-Hernandez ?) et qu'elle autorise toutes les manipulations, on ne voit guère selon quels principes elle se limiterait aux personnages qui servent le propos du biographe. Pourquoi pas, à ce compte, Malraux-Ferral ? Cette pratique a surtout l'immense inconvénient (pour le lecteur s'entend, il est clair qu'elle a d'immenses avantages pour l'auteur, libre de prêter les propos qu'il désire à Malraux), de faire fi de la dimension essentiellement dialogique du roman malrucien : c'est moins telle ou telle parole qui compte, ou fait autorité, que l'ensemble des voix qui servent un dessein polyphonique, manifestent une pensée en mouvement et évitent, quoiqu'en veuille l'auteur, qu'elle se fige dans une position - posent Pourquoi pas, à ce compte, Malraux-Ferral ? Cette pratique a surtout l'immense inconvénient (pour le lecteur s'entend, il est clair qu'elle a d'immenses avantages pour l'auteur, libre de prêter les propos qu'il désire à Malraux), de faire fi de la dimension essentiellement dialogique du roman malrucien : c'est moins telle ou telle parole qui compte, ou fait autorité, que l'ensemble des voix qui servent un dessein polyphonique, manifestent une pensée en mouvement et évitent, quoiqu'en veuille l'auteur, qu'elle se fige dans une position - posent plus de questions qu'elles n'apportent de réponses.
L'on ne peut s'empêcher de penser, au terme de cette lecture, à ce que Jean Paulhan, qui a sans relâche tâché de surprendre les illusions et les erreurs d'optique de l'esprit, nomme, dans ses Fleurs de Tarbes, l'illusion de projection. Paulhan la donne pour la clef du malentendu. Elle consiste dans ce mécanisme intellectuel qui nous fait à tout instant projeter sur l'autre le sentiment qu'il nous donne à éprouver. En matière de langage ou de littérature, elle revient pour le lecteur, à ne pouvoir concevoir de trouble ou de confusion qui n'y ait été placé dès l'origine, et intentionnellement, par l'auteur. Car le lecteur admet qu'on a voulu dire ce qu'il entend. Ainsi, s'il est soudain jeté dans l'embarras, envahi par le souci du verbalisme, c'est que l'auteur l'a préparé et comme voulu. Il ne trouve à la fin que le personnage qu'il a, à la façon des agents provocateurs, commencé par y mettre, et forme de lui l'image d'un individu conforme à son parti pris. Il semble qu'Olivier Todd ne soit pas parvenu à demeurer tout à fait exempt de cette illusion. Il se peut même qu'il l'ait, sinon voulue, du moins encouragée. Et que, convaincu de sa mission de démystificateur, il se soit employé, tout au long de ces pages, à composer de Malraux l'image qu'il s'en était d'abord formée : celle d'un truqueur et d'un tricheur, artisan obstiné de sa propre légende. Qu'il lui faille, pour s'y tenir et (s')en convaincre, user à son tour d'artifices et, parfois, de trucages, n'est finalement guère surprenant.
Uma biografia polêmica
Julien Dieudonné
Além da oportunidade editorial que oferece o ano do centenário de André Malraux , de que serve uma nova e espessa biografia de Malraux, depois das de Jean Lacouture (Paris, Seuil, 1973), de Robert Payne (Paris, Buchet/Chastel, 1973, reeditada e completada em 1996) e de Curtis Cate (Paris, Flammarion, 1994), e depois do trabalho "hipobiográfico" de Jean-François Lyotard (Paris, Grasset, 1996) ?
Olivier Todd legitima seu projeto em nome da objetividade histórica. É verdade que o trabalho de pesquisa que ele e seus correspondentes estrangeiros conduziram é considerável, e que esse livro abre, além, por exemplo, dos arquivos da França de além-mar em Aix-en-Provence e os do exército no forte de Vincennes, os arquivo secretos do Komintern, pela primeira vez. E, de fato, como o autor anuncia em sua introdução, "os arquivos fazem uma revanche contra as lendas para reconduzi-las à História" (p. 15). Malraux nunca foi, como pretendia e deixava dizer, diplomado em Línguas Orientais, seu avô não se suicidou, mas morreu boba e acidentalmente; a entrada na Resistência foi mais tardia, suas responsabilidades menores e seus ferimentos menos numerosos e menos graves do que pôde afirmar.
Mas o a priori da exatidão, se dificilmente contestável, tem um outro lado.
É que, primeiramente, a verdadeira motivação de Olivier Todd parece muito bem ser outra que só o cuidado com a exatidão. Poder-se-ia dizer, com efeito, que os arquivos não são os únicos aqui a "fazer uma revanche contra certas lendas". Irritado com a panteonização do escritor e com a complacência de certos hagiógrafos, O. Todd é levado, ao longo de toda a obra, por um desejo violento, e por vezes furioso, de demolição, de dessacralização . O conjunto da obra é atravessado por uma lógica à qual, desde a primeira página, o autor se deixa submeter: "Botando as cartas na mesa: Malraux significou algo para mim" (p.11). Primeiro tempo de um acerto de contas que tem o mérito da sinceridade, mesmo que preferíssemos que o autor tivesse sido mais prolixo sobre suas intenções e seus motivos, e mais preciso quanto ao lugar de que está falando. Mas é sobretudo André Malraux que é interrogado e torturado, intimado a reparar suas mentiras e falsificações. Apesar das negativas habilmente preliminares ("criticar a biografia de um escritor não significa atacar sua vida ou suas obras", p. 15), o tom é exatamente o de um advogado de acusação. No campo político, o acerto de contas é de uma severidade extrema. Apesar de ter denunciado a vontade de submeter a arte ao dogma do "realismo socialista", em seu discurso proferido no I Congresso dos escritores soviéticos em Moscou em agosto de 1934, intitulado "A arte é uma conquista", Malraux é considerado por demais socialista nos anos 30. Apesar de não ter publicado uma só linha durante todo o tempo da segunda guerra mundial, Todd nega que tenha participado o bastante da Resistência nos anos 40. É muito ingenuamente gaullista nos anos 50 e 60. Em suma, nenhum dos engajamentos de André Malraux, excetuando-se o engajamento anticolonialista do jovem fundador do jornal L'Indochine, escapa à justiça do autor. E a imagem que o leitor pode guardar de Malraux, uma vez o livro fechado, é não só a de um mitômano (o que não é novo), como também a de um fabricador de sua própria lenda, de um falsificador, de um mentiroso - de um usurpador a quem nem o título de grande homem nem o de grande escritor cabe por direito.
Há, além disso, uma tendência ao que se poderia chamar de redução biográfica. Assim, a revelação segundo a qual André Malraux sofria da Síndrome Gilles de Tourette ("anomalias químicas dos emissores neurológicos utilizados pelo cérebro para regular os movimentos e o comportamento", p. 620, donde seus tiques) conduz o autor a sínteses que se prestam a dúvidas. Essa disfunção explicaria, segundo o autor, a energia de alguma forma compensatória que Malraux usava para agir e escrever - para dominar seu destino de vítima do S.G.T. Da mesma forma os engajamentos na Espanha ou na Resistência encontrariam seus verdadeiros motivos nos problemas conjugais: partir para Madri significa fugir de Clara ("Um escritor pode tomar lindas resoluções dando razões sublimes e escondendo causas menores", p. 225); para fugir de Josette, engaja-se no maqui ("quando se entende cada vez menos com a mulher mais importante de sua vida, refugia-se na ação, cria as condições da ação", p. 335). E não somos poupados das insinuações ou das "revelações" sobre a vida do casal ou da família do escritor, cujo interesse está longe de ser evidente.
Mas a redução biográfica tem conseqüências ainda mais pesadas quando se trata não mais do homem Malraux, mas do escritor Malraux.
Seria insuficiente dizer que o biógrafo, quando pouco aprecia a pessoa, não tem em muito alta estima seus livros. Da obra rica e multiforme de André Malraux só resta, ao fim dessas páginas, um campo de ruínas. Em algumas linhas, com o auxílio de citações por vezes truncadas ou escolhidas com um senso agudo de oposição, apoiado algumas vezes por críticos eminentes de parcialidade cuidadosamente escolhida e unilateral, são o objeto de julgamentos mordazes. Os "écrits farfelus" ? Estupidez de adolescente. Os romances ? Na melhor das hipótese, de êxito limitado (La Voie Royale, La Condition humaine); no mais das vezes, um fracasso (Les Conquérants); por vezes catastroficamente stalinóide (Le Temps du mépris). Os ensaios sobre a arte e L'Homme précaire et la littérature ? Obscuros, confusos. Ou medíocres e recheados de lugares-comuns - a mordacidade não escapa à contradição. Le Miroir des Limbes ? Obra de mentiroso e de escritor cansado, que " tenta recuperar-se e reciclar-se "(p. 493) sem vergonha dos escritos anteriores. Só L'Espoir, Les Chênes qu'on abat e, num outro campo, Sierra de Teruel escapam ao massacre.
"Não me interesso muito por mim mesmo" ou " Minha vida não me interessa. Está claro, nítido, é indiscutível ", repetiu várias vezes André Malraux. O autor é de opinião contrária e acrescenta : " De fato, só sua vida lhe interessava" (p. 606, retomado na quarta capa). Essa convicção, incessantemente repetida e modulada, o conduz a impasses travestidos de triunfo sempre que critica a obra " autobiográfica " de Malraux. As páginas das Antimémoires sobre Mao, por exemplo, permitem-lhe com efeito desvelar facilmente as deformações e acréscimos, mentiras e falsificações: Malraux foi recebido "aproximadamente uma hora" (p. 486) por Mao, que, contentando-se com o "protocolo mínimo" (p. 490), encerrou rapidamente a conversa e "mal" (ibid.) respondeu.
Sempre levada pelo princípio exclusivo da leitura biográfica, a leitura dos romances é tendenciosa e, em seu princípio, contestável. Num lance de mágica baseado na homofonia, Todd empresta a Malraux palavras que este teve o cuidado de colocar na boca de diferentes personagens: não é mais Magnin, Scali, Manuel ou Garcia quem fala, mas Malraux-Magnin, Malraux-Scali ou Malraux-Manuel. Além de a legitimação homofônica ser ligeira, por vezes impossível (Malraux-Garcia, Malraux-Hernandez ?) e de autorizar todas as manipulações, não se percebe segundo que princípios ela se limitaria aos personagens que atendem à proposta do biógrafo. Por que não, nesse caso, Malraux-Ferral ? Essa prática tem sobretudo o imenso inconveniente (para o leitor, claro ; é evidente que ela traz imensas vantagens para o autor, livre assim para atribuir as palavras que deseja a Malraux) de menosprezar a dimensão essencialmente dialógica do romance malruciano : é menos tal ou tal palavra que conta, ou que se impõe, do que o conjunto das vozes que servem a uma intenção polifônica e manifestam um pensamento em movimento e evitam, apesar da obstinação do autor, que este se congele em uma posição - suscitando mais perguntas do que trazendo respostas.
Por conseguinte, o relato que faz Malraux de sua visita à China " se deve ao fantasma " : " na melhor das hipóteses, [Malraux] romanceia, na pior, inventa" (p. 495). E, mais adiante, Olivier Todd acrescenta, misturando a recriminação formal à recriminação política : " Estamos saturados de romantismo, em plena cegueira ou miopia" (p. 498). Teria lucrado mais se relesse melhor o prefácio das Antimémoires, onde se redefine o que se deve com efeito chamar, segundo a expressão de Philippe Lejeune e apesar da hostilidade do autor contra os "mandarins" da Universidade, o "pacto autobiográfico" - ou melhor: o pacto autobiográfico malruciano. Promoção da lucidez contra a sinceridade, recusa da redução do homem ao que ele esconde em proveito daquilo que ignora, em proveito do "homem que se conforma às perguntas que a morte faz à significação do mundo" ; reivindicação da distinção radical do domínio da vida e do domínio da arte: tudo vai aqui de encontro a uma leitura biografizante, que um preâmbulo como esse só quer desencorajar. De resto, ao invés de surpreender-se com a "admirável candura ou imprevidência" de Malraux em deixar publicar a estenotipia de sua conversa com Mao, e de ver aí a prova de "sua falta de interesse pela verdade, e sua paixão pelas sinuosidadaes da linguagem" (p. 495), o biógrafo poderia ter-se interrogado mais adiante sobre o sentido desse gesto. Ver-se-ia então, de bom grado, de nossa parte, um convite não só para medir a transfiguração do real pela escritura, mas também para analisar suas modalidades, determinar suas finalidades e, em relação ao projeto da escrita malruciana (e aí estaria o verdadeiro gesto crítico), avaliar o seu resultado.
Não podemos nos impedir de pensar, ao fim desta leitura, no que Jean Paulhan, que procurou sem trégua surpreender as ilusões e os erros de ótica do espírito, chama, em Fleurs de Tarbes, de ilusão de projeção. Paulhan a apresenta como a chave do mal-entendido. Ela consiste no mecanismo intelectual que nos faz a cada instante projetar no outro o sentimento que este nos faz sentir. Em matéria de linguagem ou de literatura, ela acaba por levar o leitor a não poder conceber nenhuma desordem ou confusão que já não tivesse sido apontada na origem, e intencionalmente, pelo autor. Pois o leitor admite que se quis dizer o que ele mesmo entende. Dessa forma, se de súbito se vê lançado na dúvida, invadido pelo jogo intencional do verbalismo, é que o autor assim o preparou e assim o quis. Só encontra no final o personagem que o autor, à maneira dos agentes provocadores, começou a esboçar, e faz dele a imagem de um indivíduo conforme com o seu a priori. Parece que Olivier Todd não conseguiu ficar inteiramente isento dessa ilusão. É possível até que a tenha, senão desejado, pelo menos encorajado. E que, convencido de sua missão de desmistificador, tenha buscado, ao longo de todas aquelas páginas, compor a imagem de Malraux que já tinha em sua mente : a de um trapaceiro, artesão obstinado pela sua própria lenda. Que precise, para se sustentar e convencer(-se), usar por sua vez de artifícios e, por vezes, de truques, não afinal de contas muito surpreendente.(Trad. Edson Rosa da Silva)